L’exotisme en cosmétique naturelle et bio : danger !

La forêt amazonienne, entre autres, est une source de richesses végétales exceptionnelles, mais épuisable.

La forêt amazonienne, entre autres, est une source de richesses végétales exceptionnelles, mais épuisable.

La cosmétique naturelle et bio, c’est la volonté de remettre en question ses habitudes de consommation d’un point de vue cosmétique et hygiénique, accepter d’aller voir ce qui se fait de mieux que l’industriel et le pétrochimique, et découvrir un monde fabuleux d’actifs naturels, d’huiles végétales de toutes sortes, des étoiles dans les yeux et des paillettes sur la carte bancaire.

Consommer mieux et consommer moins
Est-ce seulement cela ? Ne passe-t-on à la cosmétique naturelle que pour sa propre santé, que pour avoir des cheveux brillants comme les crins de My Little Pony ?
J’ose espérer que, la plupart du temps, cette volonté de mieux consommer pour sa santé s’accompagne également d’une prise de conscience écologique : on passe à la cosmétique naturelle et bio aussi pour réduire notre impact pollution sur la planète, en ne favorisant plus l’industrie pétrochimique (et consorts) qui nous gave de cochonneries en tout genre et contribue à bousiller encore un peu plus notre belle Bleue (exploitations minières, pétrolières, gaz de schistes, OGM, populations pauvres polluées ou déportées, etc…).

Du marketing et de la surconsommation
S’agit-il donc seulement du mieux consommer ? Et si l’on parlait du moins consommer ?
En effet, mon radar m’indique que des magasins connus en cosmétique maison, naturelle et bio surenchérissent de plus en plus dans l’exotisme, et poussent leurs clients à la surconsommation d’actifs et produits naturels en tout genre. Il y a toujours une nouvelle huile, un nouveau beurre, une nouvelle essence naturelle du bout du monde par-faite pour vous, à tester absolument !
Absolument ? Avez-vous réellement besoin de cette huile de Manganapamia extraite à froid dans la forêt équatoriale, aux propriétés miraculeuses bien connues des indigènes qui s’en servent depuis des millénaires et ont des cheveux magnifiques, regardez !

Cette surenchère dans l’exotisme amène, de fait, la surconsommation. Je ne nie pas l’intérêt de certaines matières exotiques, bien évidemment, mais je promeus dans le même temps une simplicité dans la consommation, qui éviterait bien des débordements quand bien même on continuerait d’utiliser des produits exotiques (et par exotique, j’entends hors continent européen).
Mais la surconsommation n’est en aucun cas un mode de consommation responsable et durable. Elle n’amène que des problèmes : dans votre portefeuille pour commencer, pour les populations touchées, et pour la planète. Car qui dit surconsommation dit surexploitation.

En rayé, les zones de déforestation. Sans compter que certaines espèces végétales sont en voie de disparition à cause de la surexploitation, comme le bois de rose.

En rayé, les zones de déforestation. Sans compter que certaines espèces végétales sont en voie de disparition à cause de la surexploitation, comme le bois de rose.

Le problème de l’exploitation des ressources … et des exploités
Enfin, les arguments « soin millénaire » et « indigène approved » reviennent régulièrement : l’exotisme a du bon : il fait vendre. Mais tout ceci est-il bien honnête ? Comment être sûr que d’une part, ces ingrédients sont issus de cultures réellement bio, et d’autre part, que nous ne lésons, en les achetant, aucune population ?
Mais plus encore : l’argument « indigènes approved », au-delà de son côté un peu nauséabond, façon « nouveau colonialisme curieux » (vous nous aidez à exploiter vos ressources, et en échange, vous avez … pas grand-chose ! Tope-là !), se déconstruit assez aisément d’un point de vue purement cosmétique. Si les femmes indigènes de la forêt amazonienne, par exemple, ont de si beaux cheveux épais et noirs, ne serait-ce pas plutôt dû à des facteurs génétiques, alimentaires, et de qualité de vie tout simplement, au-delà du fait qu’elles utilisent, effectivement, les ressources végétales pour leurs soins ? Et l’intérêt croissant que nous portons aux ressources de la forêt n’est-il pas contraire à l’intérêt de ces populations, forêt dont ils dépendent pour vivre (ou survivre…) ?

Si nous n’y prenons pas garde, la cosmétique naturelle et bio deviendra simplement un autre outil marketing et commercial pour permettre à des personnes de s’en mettre plein les fouilles, sans trop faire attention ni aux ressources, ni aux populations. Nous sommes responsables de ce que nous consommons. C’est donc à nous de promouvoir un mode de consommation juste, sain, et qui profitera à tout et à tous.

Choisissez donc quelques huiles végétales, quelques huiles essentielles, que votre peau et vos cheveux aiment, mais ne cédez pas aux sirènes de l’exotisme : vous trouverez tout ce qu’il vous faut dans la simplicité de vos gestes.

La vieille Europe a encore des ressources. Suivez la voie des oliviers...

La vieille Europe a encore des ressources. Suivez la voie des oliviers…

PS : Ne cherchez pas l’huile de Manganapamia, elle n’existe que dans mon imagination ;)

13 réflexions sur “L’exotisme en cosmétique naturelle et bio : danger !

  1. Waoutch, ton article arrive pile au moment où je cherche comment mettre exactement cette idée en mots ! J’aime que tu en parles, parce que je vois moi aussi fleurir les pubs et les reviews sur tel ou tel produit venant du bout du monde et soi-disant miraculeux. Mais (comme tu le dis bien) son efficacité sur les populations qui l’utilisent traditionnellement est à balancer avec leur mode de vie et leur environnement… sans oublier bien sûr l’impact de ces produits (production, empaquetage, transport, etc.) en général.

    Je vois donc qu’une fois de plus, on se rejoint bien, Gobecigogne !
    Des bisous !

    • Merci beaucoup pour ton commentaire, effectivement, je suis un peu arrivée à saturation et ce fut la pub de trop :) ! J’ai comme l’impression qu’il y a une petite émulation là, ça me plaît bien !
      Des bisous :)

  2. Merci pour cet article, comme toujours tu exprimes très clairement ce que je ressens sans pour autant savoir l’exprimer. Depuis mes débuts dans la fabrication de mes produits d’entretien et cosmétiques home made, il y a environ trois ans, je me suis bien calmée sur les ingrédients soi-disant indispensables et surtout exotiques, au regard de prises de conscience similaires aux tiennes, et ma routine soin et beauté est devenue minimaliste (il faut dire que le water only corps-cheveux aide beaucoup pour y parvenir). Mais je « pèche » encore, des basiques tels que l’huile de coco, le beurre de karité et le henné font toujours partie de mes must-have. Et j’ai acheté récemment de la mousse de babassu (d’origine amazonienne, donc, issue de l’huile du même nom) pour offrir des shampoings home made moussants à des personnes peu au fait du naturel, et que cette mousse rassure, parce que pour elles si ça mousse ça lave. Mais je travaille à d’autres soins colorants pour les cheveux que le henné, peut-être pourrais-je un jour habituer les gens à qui j’offre des cosmétiques naturels maison à des shampoings qui ne moussent pas, et pour remplacer ma précieuse huile de coco multi-usages (soin hydratant visage et corps, dentifrice, bain de bouche, entre autres, et le reste du temps je la mange), je continue de chercher. C’est sûr, je n’enrichis plus du tout l’industrie cosmétique traditionnelle, et très rarement les boutiques de cosmétiques home made portées sur l’exotisme. Mais je ne suis pas encore à 100% dans le local dans ce domaine. Y a du boulot !

    • Merci beaucoup pour ce commentaire (également hein, vous êtes toutes adorables *-*) !
      Ta routine est saine et tu fais déjà beaucoup d’efforts ! Je ne sais pas si on peut être à 100% local et bio, y tendre est déjà très beau. Il y aura toujours des actifs, comme tu le dis justement, comme l’huile de coco, que nous utiliserons, faute de mieux : ça vient certes de loin, mais on fait tellement de choses avec, et cela remplace tellement d’autres ingrédients, que ça contrebalance le fait que ça vienne de loin. Je ne suis pas moi-même à 100% locavore, mais je limite voire supprime les produits venant d’espèces en danger, les produits rares, ou qui mettent des populations en danger, et spécialement les produits provenant de la juteuse filière de l’Amazonie… L’essentiel, c’est de tous pousser dans le même sens, même si ce n’est pas à 100% :) parce qu’à tous, on vaut déjà notre pesant de cacahuètes :)

  3. pourquoi évoque-t-on les indigènes et importe-t-on des autres continents?
    parce que vous ne le produirez pas dans votre jardin
    et parce que l’ usage attesté par des populations vous dispense de faire la preuve de l’ innocuité de l’ ingrédient (toujours autant de gagné)
    maintenant, on est en droit d’ exiger que ces plantes viennent de cultures, et si possible de cultures par les indigènes eux mêmes

    • Et pourquoi est-on toujours obligé de se servir chez les autres, quand on a sur nos terres de quoi satisfaire à nos besoins ? Je ne cautionne pas l’exploitation à la fois des hommes et des végétaux pour des raisons cosmétiques !
      Alors certes, des ingrédients excellents, qui ne sont pas dangereux, mais on en a déjà largement assez comme ça en couvrant le continent européen + les îles Britanniques + les bords de la Méditerranée !

      • Tout à fait, si on voulait bien voir tout ce qu’on a déjà ici, on arrêterait d’aller chercher la panacée ailleurs (sans dire que les ingrédients exotiques sont mauvais, ils sont tout aussi bons que ceux d’ici, mais leur inconvénient, c’est justement qu’ils viennent de loin)…

        Petit exemple que je vis au quotidien : depuis que j’ai posé mes Pénates en Suède, je suis émerveillée par la quantité de trucs utiles qu’il y a ici, dans la forêt, les champs, les bords de chemins… Plein de champignons mangeables, plein de baies partout, de petites pommes mi-sauvages acidulées et délicieuses, et je vois aussi toutes les plantes à teintures (ça regorge), à laver, les tisanes (je n’achète pas de tisanes toutes prêtes, pas besoin, y’a tout ce qu’il faut dehors ! et même en hiver, je sais déjà ce que je pourrai prendre)… Bien sûr il manque pas mal de matières, mais je n’ose imaginer si j’avais mon jardin et mon petit cheptel : j’aurai à peu près tout ce qu’il faut (à compléter un peu en hiver je pense, avec de l’importation équitable et écolo).
        Si on regardait ce qu’on a ?

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