Le henné : quoi, comment ? Généralités

Voici l’arbuste du henné, ou lawsonia inermis, en fleur.

A priori, nous sommes au 100% naturel en ce qui concerne les cosmétiques (puisque c’est l’objet de ce blog). Les couleurs d’oxydation, chimiques, peut-être n’en avez-vous jamais fait, peut-être avez-vous fait une croix dessus. Mais peut-être aussi vous rêvez-vous en rousse incendiaire, ou en rouge flamboyante ?

Petit point aujourd’hui sur l’une des nombreuses plantes tinctoriales, la plus connue, la plus utilisée par les chevelu-e-s au naturel : le henné. Préparation, rendu, avertissement, on va essayer de traiter les points essentiels à connaître avant de passer à l’acte.

Lawsonia inermis, et rien d’autre.
Le henné souffre chez beaucoup de coiffeurs (et autres personnes) de sa mauvaise réputation. Pour cela, un tout petit point historique est nécessaire.
Si l’utilisation du henné aux endroits où il pousse naturellement (Afrique du Nord, Inde, Pakistan, Perse, Yémen…) remonte extrêmement loin dans le temps, la découverte du henné par les Occidentaux et sa propagation en Europe et aux Etats-Unis s’est faite surtout avec la colonisation, autour du XIXe siècle. Je vous la fait courte : les femmes (et les hommes !) ont méchamment kiffé la plante venue de la belle Orient, et celle-ci a rapidement été victime de son succès : commerce, appât du gain, profit. Résultat, on s’est retrouvé avec des poudres de henné bon marché, diluées avec quelques joyeusetés pour faire des économies et vendre plus, à moindre frais. Forcément, ce qui était ajouté au henné naturel, c’était pas jojo, et aujourd’hui, on connaît surtout l’un de ces additifs, qui promet une couleur rouge intense dès la première application : le sodium picramate. Donc, non seulement c’est de l’arnaque, puisque la couleur ainsi obtenue dégorge très vite, mais en plus, ça bousille durablement les tifs.

Le henné est utilisé depuis fort longtemps pour tatouer les mains et les pieds des femmes, dont le dessin et la symbolique varie selon le pays.

Le henné dit naturel, ce sont les feuilles du lawsonia inermis, un arbuste épineux, séchées et réduites en poudre, plus ou moins fine : c’est ce broyage qui fera la différence entre un henné naturel classique, et un henné de qualité corporelle, dit BAQ (Body Art Quality), utilisé pour les tatouages éphémères. Il existe aussi le henné neutre, issu du cassia obovata, qui lui ne colore pas (sauf sur les chevelures très claires, qu’il peut foncer ou dorer), utilisé comme un soin gainant.

Comment le henné agit-il pour colorer ?
Contrairement aux couleurs d’oxydation, le henné ne transforme pas votre couleur naturelle : il se mélange à elle, pour donner une couleur et des reflets différents selon chaque teinte de cheveux ! Il enrobe le cheveu, le gaine, et ses particules pénètrent la fibre, se mélangeant à la couleur naturelle. Cependant, le henné a beau gainer le cheveu, il ne l’obstrue pas et laisse passer les soins (contrairement aux silicones et huiles minérales).
Niveau résultat, je crois qu’il y a autant de nuances de henné qu’il y a de cheveux ! Mais pour faire simple, plus votre base est claire, plus la couleur est rousse (voire orange pétant sur des cheveux blancs ou décolorés) ; à l’inverse, si votre base est foncée, vous obtiendrez un acajou, un auburn ou simplement quelques reflets. La couleur obtenue fonce au fur et à mesure des applications : ainsi, si vous voulez un rouge prononcé, il faudra être patient, tandis que si vous désirez conserver un roux, il faudra espacer les applications (tous les 6 mois environ), et ne refaire tous les mois que les racines.
Dernière précision : Vous n’éclaircirez jamais vos cheveux avec un henné. Donc si vous êtes brune et que vous voulez un roux irlandais, il faudra vous faire une raison (ou bousiller vos tifs avec une décoloration/coloration chimique…) !

Ce qu’il faut savoir avant de se colorer les cheveux au henné.
Le henné est un super soin, gainant, il retarde l’apparition des fourches car il protège très efficacement les cheveux. En plus, l’effet gainant donne l’impression de cheveux épaissis, c’est magique c’est magnifique on en redemande.

Oui, mais. Oui mais le henné a un défaut majeur : il est un peu collant. Un peu beaucoup, même. En fait, le henné ne part jamais totalement de la fibre capillaire. La couleur peut dégorger, s’affaiblir, mais le henné, lui, reste. Pour toujours.
Donc, si vous avez les cheveux blonds, châtains clairs, d’une teinte cendrée, réfléchissez-y à deux fois : vous ne retrouverez jamais, et j’insiste bien là-dessus, jamais votre couleur naturelle. Il faudra attendre la repousse, et couper au fur et à mesure, sans oublier l’effet tout à fait charmant d’une chevelure bicolore. De plus, décolorer des cheveux colorés au henné ne les rendront pas blonds platine, mais oranges (eh oui, le henné ne s’en va jamais) !

La poudre de henné doit être fine et vert clair.

Deuxième conséquence du côté « glu » du henné : à la longue, les applications se superposant les unes aux autres, les cheveux bouclés peuvent raidir. N’ayant que quatre applications de henné pur (ou majoritaire) à mon actif, je n’ai pas encore constaté cet effet-là, mais d’autres l’ont fait pour moi :) ! Donc si vous avez les cheveux ondulés, ou bouclés : c’est bon à savoir, que vous désiriez ou non cet effet.

Préparer son henné
Il y a différentes écoles pour préparer le henné, et en fait, aucune n’est mieux que l’autre : cela dépend tout simplement de la couleur que vous souhaitez obtenir.

La recette de base, c’est henné + eau chaude (mais pas bouillante) : l’eau chaude permet en effet le développement des pigments. Préférez cette préparation si vous souhaitez un orange plus rouge.
On peut aussi préparer le henné avec du jus de citron : cela aide le pigment à se fixer au cheveu, mais empêche le développement du rouge (comme tous les acides).
Enfin, on peut préparer la pâte avec toutes sortes d’infusions (chaudes mais pas bouillantes) : garance, bois de campêche, orcanette, cannelle, etc., selon l’effet désiré. Attention à l’infusion d’hibiscus, qui est acide.

Pour le temps de repos de la pâte, cela dépend du henné utilisé : en général, c’est minimum quatre heures, mais certains hennés, comme le Jamila du Pakistan, demandent douze heures de repos pour développer leurs plus beaux pigments. Plus la pâte repose, plus la couleur sera intense : il n’est pas rare que mes pâtes reposent deux jours.
Enfin, on peut mettre sa pâte au congélateur : on a constaté de façon tout à fait empirique, sur les cheveux, que cela donnait une couleur plus rouge, même si l’expérience que j’ai faite précédemment a un peu mis à bas cette théorie. Je referai un autre test, avec un protocole différent, pour vérifier tout ça.

L’orcanette, qui pousse dans le Sud de la France, peut être utilisée (infusion et poudre) pour obtenir des reflets violines.

Et bien-sûr, on peut rajouter des ingrédients à son henné, selon ses préférences : poudres indiennes (l’amla en petite quantité neutralise le orange), agents hydratants (aloe vera…), huiles essentielles (très peu sinon, attention le mal de crâne), poudres colorantes selon l’effet désiré (indigo ou katam pour un noir ou un brun, orcanette pour un violine, etc.)… Vous pouvez rajouter un peu d’huile végétale (une à deux cuillers à soupe), même si j’aurais tendance à le déconseiller, puisque l’huile peut empêcher le henné de se fixer correctement.

Le temps de pose
Sur votre tête, sous cellophane et serviette, pour bien conserver la chaleur, le temps de pose dépend uniquement du rendu couleur que vous souhaitez : plus il sera long, plus la couleur sera intense ! Ce temps dépend aussi de la nature de vos cheveux, et notamment de leur porosité : les cheveux peu poreux pourront le laisser plus longtemps, puisque le henné a plus de mal à se fixer sur des écailles lisses. Pour donner un exemple : quatre heures de pose, sur mes cheveux, ça ne donne quasiment rien : à peine quelques reflets vraiment discrets. Pour avoir un début de résultat, je dois laisser poser minimum six à sept heures, et la plupart du temps, je laisse entre neuf et douze heures.

Bien, je crois en avoir terminé avec cet article à rallonge, mais s’il s’avère que j’ai oublié quelque chose (ce qui est fort probable, vue l’étendue du sujet), n’hésitez pas à me poser des questions en commentaire !

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7 réflexions sur “Le henné : quoi, comment ? Généralités

  1. Hello !
    Alors, je n’ai jamais fait de henné mais justement, ça me tente bien, surtout pour le côté gainant du soin (cheveux super-fins bonjour). J’ai tenté le henné neutre, c’est plutôt cool mais ça ne dure pas bien longtemps. Je voulais donc savoir: penses-tu qu’une seule application puisse modifier la couleur de mes tifs quasiment noirs?
    Merci bien, et que la paix capillaire soit avec toi !

    • Salut !
      L’effet gainant du henné naturel dure plus longtemps que le henné neutre, et comme il ne part jamais, les couches s’additionnent, donc on peut gagner en masse :) ! A priori, je dirais qu’avec une seule application, ta couleur ne sera pas modifiée ; après, ça dépend de plein d’autres choses : ta porosité, le temps de pose sur ta tête, etc. sachant que, plus c’est noir, plus les reflets sont discrets.
      Le henné n’a pas changé ma couleur de cheveux. Les reflets sont très changeants et dépendent beaucoup de la lumière (soleil, ombre, etc.) ! Je pense qu’avec une application de deux-trois heures, ça ne changera rien, mais je ne peux que te conseiller de faire une mèche-test, sous ta chevelure, pour te faire une idée :) !

      Sinon, pour les cheveux fins, tu peux faire des applications régulières des poudres ayurvédiques : comme tu as les cheveux noirs, ça n’aura aucune incidence sur ta couleur, tu peux en user et abuser, et sur le long terme, c’est vraiment génial !

      Merci et que la Force capillaire soit avec toi ;) !

      • Oui, j’utilise très régulièrement brahmi, bhringraj et amla suite à une forte chute; je sens sur mon crâne plein de petits cheveux qui repoussent, mais il faudra attendre un bout de temps avant de constater un regain de masse (snouarf).
        En tout cas merci beaucoup !

  2. Bonjour!
    Je découvre ton blog et je suis ravie de rencontrer une bloggeuse qui partage les mêmes passions.
    J’ai fait des tonnes tests couleur pour le henné et je pense que ton article va beaucoup m’aider:)
    Le seul bémol: j’ai les cheveux naturellement noirs (plus un paquet de blancs) et je galère à avoir des reflets rouges. Je persévère…
    Prochain essai: Jamila + quiquina

    @ bientôt!

    • Bonsoir,

      C’est difficile d’avoir des reflets très rouges sur cheveux noirs, je sais de quoi je parle ;) mais on peut obtenir des jolies choses, et je vais avoir un peu de temps là, pour me pencher sur l’entretien du rouge… ! :)

      A bientôt et merci pour ton commentaire !

  3. Je suis ravie d’être tombée sur ton blog super instructif
    Hier j’ai refait un henné ,ça faisait longtemps que j’en avais plus fait,mais dernièrement j’ai arrêté les produits chimiques et je me suis tournée vers les produits les plus naturels possible j’ai vraiment été étonnée par mes cheveux! Moi qui croyait que sans conditionner ma chevelure serait séche et indomptable j’ai été vraiment surprise par le contraire!
    Bref revenons au henné,je suis marocaine, le henné on connait ;-) et il est encré dans nos tradition,donc j’ai acheté du henné local,de la poudre d’hibiscus,et du akar fassi je sais pas si tu connais ,pour avoir une coloration rouge mais a ma grande surprise ce matin,je me retrouve avec des cheveux châtain :-( je sais pas ou je me suis loupée????(j’ai mélangé mon henné avec du thé noir mais j’ai mis la poudre d’hibiscus direct dans le henné )

    • Salut et merci pour ton retour sur le blog :) !

      Pour ton henné, attends 3 jours qu’il ait pu s’oxyder : il arrive que des hennés rendent des couleurs vraiment différentes après oxydation.
      Cela dit, je me demande si ce n’est pas le thé noir qui a provoqué ça : perso je n’en mets que quand je fais du tatouage au henné mais pas pour les cheveux, selon la preuve scientifique irréfutable de la très sérieuse étude scientifique menée par moi-même, que le thé noir brunit la couleur du henné ^_^

      Je ne connais pas l’akar fassi, mais sinon ton mélange me paraît tout à fait correct, excepté le thé noir, sur lequel j’émets un doute. Essaye d’en refaire un sans, d’ici quelques temps :)
      Ah oui dernière chose : la couleur varie en fonction du type de henné, si tu veux un rouge bien présent, je te conseille plutôt les hennés de Perse et du Pakistan :)

      Top pour tes cheveux au naturel en tout cas, c’est super !!

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