La réglementation des cosmétiques aux Etats-Unis : aies confiance ?

Les législations concernant les cosmétiques varient d’un pays à un autre : il est bon de les connaître quand on achète à l’étranger.

Je suis sûre que vous connaissez au moins un site internet qui vend des cosmétiques en provenance directe des Etats-Unis. Et peut-être même avez-vous déjà commandé un ou plusieurs produits de cosmétique naturelle sur ces sites. Seulement, la législation sur les cosmétiques est propre à chaque pays, et il est bon d’en être informé, afin de faire ses choix en toute connaissance de cause.

Je précise dès à présent que mes recherches ont porté sur l’étiquetage des produits, et non pas sur les listes des ingrédients interdits, sur les produits autorisés, sur ceux qui font l’objet d’une autorisation spéciale (comme les colorations), etc. : le but de ces recherches étant principalement d’éclaircir, pour vous comme pour moi, les pratiques d’étiquetage en Europe et aux Etats-Unis.

Les grandes lignes de la réglementation en France et en Europe
En France et en Europe, la législation oblige les industriels à faire apparaître de façon claire et indélébile, sur chaque produit, la liste complète et exhaustive de sa composition (la fameuse liste INCI) : c’est la transparence. Une demande peut être déposée pour empêcher un ingrédient d’apparaître sur la liste, pour protéger le secret industriel, mais cela n’est fait que dans des conditions bien précises, avec dossier argumentatif, et surtout, l’ingrédient qui n’apparaît pas est remplacé par un chiffre, de sorte que le consommateur voie qu’un ingrédient n’apparaît pas.

Aux Etats-Unis
Aux Etats-Unis, en revanche, les choses sont bien différentes. Si le pays est en pleine évolution des mentalités de ce côté-là (beaucoup d’associations et d’organisations non-gouvernementales se battent pour des cosmétiques plus sains), il reste encore beaucoup de boulot !
La loi concernant les cosmétiques américains est restée inchangée de 1938 à 2010. Cette loi prévoyait que le contrôle et l’évaluation de dangerosité des ingrédients utilisés étaient à charge des industriels de la cosmétique eux-mêmes ! Cela pose évidemment un problème d’objectivité, puisque juge et partie sont la même entité.
Grâce aux groupes de pression, une loi a été votée en juillet 2010 (Safe Cosmetic Act), qui donne le pouvoir à la Food and Drug Administration (FDA) de contrôler le degré de dangerosité des ingrédients utilisés. Certains ingrédients cancérigènes ou perturbateurs endocriniens ont également été interdits. Cette loi a été suivie d’une proposition de loi complémentaire par le représentant républicain Leonard Lance (Cosmetic Safety Amendments Act of 2012), soutenue par les organisations professionnelles de l’industrie cosmétique américaine : le même problème d’objectivité, d’intégrité et de contrôle se pose : quand les industriels soutiennent une loi censée restreindre leurs moyens d’action, on est en droit de se poser des questions.

Toxique, irritant ? Comment savoir lorsque la transparence n’est pas au rendez-vous ?

Et de fait, je me suis procurée la réglementation édictée par la FDA concernant l’étiquetage des produits cosmétiques aux Etats-Unis (Fair Packaging and Labeling Act), voici ce qu’elle dit :

(3) require that the label on each package of a consumer commodity (other than one which is a food within the meaning of section 321(f) of title 21) bear (A) the common or usual name of such consumer commodity, if any, and (B) in case such consumer commodity consists of two or more ingredients, the common or usual name of each such ingredient listed in order of decreasing predominance, but nothing in this paragraph shall be deemed to require that any trade secret be divulged;

Title 15 – Commerce and Trade, Chapter 39 Fair packaging and labeling program, §1454, (c)(3)

Cet alinéa précise donc que les ingrédients doivent apparaître sur le contenant, dans l’ordre décroissant (les premiers ingrédients étant ceux en plus grande quantité), mais que rien ne doit obliger le secret industriel à être divulgué. En somme, les ingrédients doivent apparaître, sauf si l’industriel estime que faire apparaître cet ingrédient nuirait à son secret de fabrication, et donc à son commerce.
Contrairement à la législation française et européenne, le secret industriel est protégé, et tant pis pour la transparence. Les listes INCI tronquées sont donc monnaie courante, et il n’y a pratiquement aucun moyen de savoir si une liste a été tronquée, sinon l’absence de conservateur (et encore).
Les cosmétiques américains jouent sur le packaging, sur des mentions telles que « silicon-free » « paraben-free » « chemical-free » etc., mais ces mentions ne sont pas confirmées par la législation, et si le produit ne comporte pas un label fiable et sûr, alors non, il ne faut pas faire confiance.

Il existe des labels sûrs, américains et internationaux, pour aider à mieux se repérer.

Il existe des labels sûrs, américains et internationaux, pour aider à mieux se repérer.

Les labels bio américains
On connaît bien ceux qu’il y a en France, en Europe, et les grands labels internationaux (NaTrue notamment), mais qu’en est-il des Etats-Unis ?
Il existe un label sûr : USDA Organic, qui se partage en trois : 100% bio, 95% bio et 70% bio. Les OGM sont interdits, ainsi que les ingrédients synthétiques. Deux autres labels existent : NSF et OASIS, qui certifient de 70 à 95% d’ingrédients bio.
Si le produit cosmétique que vous convoitez ne comporte pas l’un de ces labels, passez votre chemin : dans le doute, il vaut mieux faire confiance à des organismes certifiés, et ne pas croire tout ce qu’une étiquette peut raconter.

Ma vision des choses
Pour finir, je dois dire que je ne suis pas une adepte des produits américains. D’une part, à cause de tout ce dont je viens de parler au-dessus, et d’autre part, pour des soucis évidemment écologique et de développement durable : pourquoi diantre faire venir un produit d’outre Atlantique quand on peut trouver des produits de très bonne qualité, fiables et à la composition saine, en Europe et en France ? Je sais qu’il y a l’argument de l’argent : il ne tient pas. Quand on veut consommer mieux, on consomme moins, et on réserve son budget pour les choses essentielles, de qualité. Ou on fabrique ses propres produits, c’est encore la solution la plus économique !
Mais un produit, tout naturel soit-il, importé directement des Etats-Unis pour se retrouver dans votre colis aura un impact aussi négatif qu’un produit de supermarché acheté en France (rapport au voyage : avion, camion…) !

Enfin, je privilégie la simplicité par-dessus tout : alors allons au plus simple, au plus sain.

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8 réflexions sur “La réglementation des cosmétiques aux Etats-Unis : aies confiance ?

  1. Aaaah, enfin quelqu’un qui va pas chercher deux-trois produits sur i-herb pour économiser quelques euros après avoir farouchement prôné éthique et écologie ! :)
    Sachant que si on a un budget serré, l’efficacité est accessible pour une misère, à partir de produits du quotidien, effectivement: difficile de justifier un acheminement long et une production douteuse.
    Après, si on est accro aux produits tous faits, on assume et on met le prix qui va avec la qualité et l’éthique, c’est la moindre des choses quand on se revendique une passion pour l’écologie.
    Par contre, la règlementation française est loin d’être parfaite: des dénominations comme « parfum » permettent de fourrer plein de trucs sans qu’on ait besoin de le mentionner, et officieusement, les inspecteurs d’ecocert sont loin d’être les plus pointilleux qui soient. Apparemment, c’est un peu géré par-dessus la jambe, pas hyper-hyper-fiable. Disons que je préfère un label un peu plus rigoureux, géré par des organismes autrement plus motivés, comme Nature et Progrès.

    • Merci beaucoup pour ton commentaire :)
      Effectivement, j’aime bien être logique avec moi-même (ce qui est déjà pas mal) ^^.

      En ce qui concerne la réglementation française, comme je l’ai dit je n’ai pas creusé le sujet dans cet article, mais il est bien évident que je privilégie également des labels comme Nature et Progrès, NaTrue et BDIH, mais il ne faut pas oublier que les labels ne font pas tout : c’est à nous de réfléchir, de regarder les listes des compositions, de connaître les cahiers des charges des labels et de faire en fonction de ce qui est le plus économique, et durable !

  2. Je suis parfaitement d’accord avec toi. Je ne comprends pas cet engouement pour Iherb et autres sur les blogs alors que cela contredit fortement l’éthique écologique et durable que beaucoup de blogs défendent… Ca fait plaisir de voir qu’une bloggeuse soutient cet avis !
    C’est tellement dommage de ne pas soutenir le commerce européen, surtout quand c’est bio!
    Je viens de découvrir ton blog et je suis entrain de le dévorer joyeusement :D
    Bonne continuation !

    • Merci pour tes gentils commentaires :) !

      En privilégiant le local, on s’évite beaucoup de déconvenues. Après, il y a certains produits qui viennent quand-même de loin, mais qui sont très utiles (comme le beurre de karité), donc c’est aussi une question de balance : savoir mesurer.

  3. Bonjour !
    Je suis à 100% d’accord avec toi, personnellement mon cheminement vers le naturel et la simplicité me pousse à favoriser les ingrédients issus de ma cuisine, à part du savon, des poudres ayurvédiques, du henné, du beurre de karité et de l’aloe vera (que je prends au rayon des compléments alimentaires, la composition est bien meilleure que la version cosmétique !), tout ce que je mets sur ma tête, mon corps et mon visage, je peux le manger ! Et si c’est produit localement, c’est encore mieux. Comme ça, c’est vite vu ;-). Je suis heureuse de lire que je ne suis pas la seule à avoir cet état d’esprit !

  4. je plussoie avec l’imbécilité d’acheter hors europe quand on a un excellent choix en europe; je n’achète aux etats unis que quelques produits chimiques indisponibles sur le marché européen
    mais la législation française qui assimile les cosmétiques aux médicaments est excessive: une liste d’ingrédients en libre emploi aux dosages indiqués et le niveau de qualité alimentaire sont de mise ailleurs, sans gros problèmes

    • La législation française a ses défauts, et pas des petits : entre ce que vous signalez à propos de l’assimilation de certaines cosmétiques aux médicaments peut être un problème, et pose toujours la question de la liberté du marché par rapport aux laboratoires…
      Merci pour ton commentaire, ça vaut le coup que je fasse un article supplémentaire sur la législation française :)

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